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Crise au Moyen-Orient: un casse-tête pour presque tous les banquiers centraux
Le retour de l'inflation importée rebat les cartes monétaires: Europe et Japon se tendent, Suisse et Chine entrevoient un répit inattendu.
Lorsque les prix de l’énergie repartent violemment et durablement à la hausse, le mécanisme de transmission est rapide, diffus et redoutablement persistant. Le choc frappe d’abord les transports, s’infiltre dans l’industrie, puis atteint les biens de consommation courante. Les chaînes d’approvisionnement en amplifient la portée: carburants plus chers, fret renchéri, matières premières sous tension, délais allongés. Tout converge vers une remontée généralisée des coûts. A cela s’ajoute la raréfaction des engrais, qui exercera une pression inévitable sur les prix agricoles dès le second semestre.
Les pays les plus exposés sont les importateurs nets d’énergie: membres de la zone euro, Japon, Inde, Corée du Sud, Turquie, Afrique du Sud. Pour eux, la facture énergétique agit comme une taxe externe, érodant simultanément le pouvoir d’achat, les marges des entreprises et les équilibres extérieurs. Les pays producteurs, à l’inverse, encaissent mieux le choc: les exportateurs du Golfe en tête, mais aussi toutes les économies où l’énergie demeure un pilier des recettes publiques et des comptes extérieurs.
L’Amérique du Nord occupe une position intermédiaire. Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique bénéficient, à des degrés divers, de leur statut de producteurs ou d’exportateurs significatifs, ce qui leur offre un amortisseur non négligeable.
La Chine, enfin, reste vulnérable, mais dispose de trois filets de sécurité: des stocks d’hydrocarbures récemment constitués, des importations russes à prix décotés et une stratégie de long terme tournée vers les énergies renouvelables.
Tous les Etats subissent le choc, mais avec une intensité et des marges de manœuvre très inégales.
Politique monétaire: le grand point de tension
Dans les pays importateurs, le risque est aussi monétaire et conjoncturel. Une inflation importée plus élevée peut contraindre les banques centrales à relever, ou à maintenir durablement élevés, leurs taux directeurs, alors même que la croissance ralentit. C’est la configuration la plus inconfortable car elle fait émerger un risque de stagnation prolongée, voire de récession. Le renchérissement de l’énergie n’appauvrit pas seulement les consommateurs; il restreint aussi la liberté d’action des autorités monétaires.
Les économies les plus endettées ou les plus dépendantes de conditions financières souples abordent cette perspective avec inquiétude. Les Etats-Unis et le Japon, en particulier, n’ont aucun intérêt à voir le coût de l’argent remonter durablement. Le service de la dette s’alourdit, les besoins de refinancement deviennent plus sensibles, les marges budgétaires se resserrent.
Des marges de manœuvre inégales
A l’inverse, la Banque populaire de Chine et la Banque nationale suisse accueillent ce nouveau régime avec un soulagement discret, presque paradoxal. La Chine et la Suisse abordent cet épisode depuis une position singulière: toutes deux ont déjà largement assoupli leur politique pour contrer les forces désinflationnistes, sans les avoir totalement dissipées. Avec des taux directeurs déjà bas et une marge de manœuvre conventionnelle réduite, une remontée modérée des prix importés desserre l’étau déflationniste.
Pour ces deux banques centrales, le choc énergétique pourrait donc produire, à la marge, des effets moins défavorables que pour leurs partenaires. Là où l’Europe et le Japon risquent d’être poussés vers davantage de fermeté monétaire dans un environnement déjà fragile, la Suisse et la Chine pourraient bénéficier d’un rééquilibrage plus subtil: moins de pression déflationniste, un besoin limité d’assouplir davantage et, possiblement, un apaisement temporaire des tensions sur leurs devises.
A court terme, le statu quo monétaire semble ainsi s’imposer en Suisse comme en Chine. L’atténuation des pressions désinflationnistes y est bienvenue, tout comme le probable reflux, au moins temporaire, des forces d’appréciation du franc et du yuan.
Pas de panique, mais pas de complaisance
Les grands argentiers n’ont pas, à ce stade, basculé en mode panique. L’ampleur du choc reste, pour l’instant, inférieure à celle des grands épisodes pétroliers passés, et certaines économies en tirent même des bénéfices transitoires.
La complaisance serait pourtant malvenue. Si le conflit devait se prolonger au second semestre, le risque d’un ancrage de l’inflation à un niveau durablement supérieur aux objectifs de moyen terme des banques centrales ne peut être écarté. Dans un tel scénario, un vieux spectre referait surface: celui d’une corrélation positive entre les grandes classes d’actifs, actions et obligations évoluant de concert à la baisse, avec des conséquences potentiellement déstabilisantes pour les marchés financiers.
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