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L’accessibilité, ce talon d’Achille américain

Dans une économie toujours riche mais plus fragmentée, la question du pouvoir d’achat s’impose comme le principal test pour Washington.

Les Etats-Unis restent un pays riche, mais de plus en plus inégalitaire, où la mobilité sociale fonctionne mal pour une partie croissante de la population. Les écarts de revenus y sont nettement plus élevés qu’en Europe, avec une société qui se fragmente entre zones favorisées et zones en décrochage. La différence d’espérance de vie entre ces deux réalités dépasse désormais vingt ans: ce n’est plus seulement une question d’argent, mais de conditions de vie et de santé. Dans ce contexte, l’inflation pèse surtout sur les ménages les plus contraints, dont le budget est concentré sur le logement, l’alimentation et l’énergie, et qui ne disposent ni d’épargne financière ni d’actifs pour amortir les hausses de prix.
L’administration Trump se retrouve aujourd’hui sous forte pression. Sans amélioration tangible du pouvoir d’achat, le risque politique augmente rapidement, y compris au sein d’une partie de l’électorat pourtant favorable aux Républicains.

Entre annonces immédiates et réformes de fond

Depuis l’été 2025, Washington a relancé une série d’allègements fiscaux très lisibles: relèvement de la déduction standard, exonérations sur les pourboires et les heures supplémentaires, avantages élargis pour les retraités, complétés par des aides ciblées, notamment pour le monde agricole. Prises isolément, ces mesures paraissent modestes; cumulées, elles représentent un coût budgétaire massif: plusieurs trillions de dollars sur dix ans, soit des centaines de milliards de recettes en moins chaque année. La logique vise à soutenir rapidement le pouvoir d’achat et envoyer des signaux politiques forts, quitte à creuser le déficit et à renforcer la dépendance à la dette publique. A l’approche les midterms, d’autres annonces du même type sont probables, orientées vers des catégories d’électeurs précises et conçues pour l’efficacité électorale plus que pour la cohérence budgétaire d’ensemble.

Depuis janvier 2026, un décret présidentiel encourage les grands fonds et conglomérats financiers à réduire leur exposition aux maisons individuelles.

Dans l’immobilier résidentiel, principal point de tension pour la classe moyenne, l’Etat tente de relâcher la pression sur les ménages sans provoquer de correction brutale des prix. Depuis janvier 2026, un décret présidentiel encourage les grands fonds et conglomérats financiers à réduire leur exposition aux maisons individuelles. Contrairement aux attentes du marché, Fannie Mae et Freddie Mac n’ont pas été privatisés pour générer des recettes; leurs mandats ont été ajustés en faveur du logement abordable, avec des plafonds de prêts relevés autour de 830’000 dollars pour un bien standard. La Maison Blanche leur a également demandé de lancer un programme massif de rachats d’hypothèques (environ 200 milliards de dollars) afin de contenir les taux, même si l’impact attendu reste modeste, de l’ordre d’un quart de point. Désormais très alignées sur les priorités publiques, ces deux agences devraient continuer de jouer un rôle clé d’amortisseur, en sécurisant et en fluidifiant la transmission du crédit entre les banques et les ménages.


Le capitalisme d’État face à une équation difficile

Scott Bessent avait annoncé un changement de cap: moins de soutien implicite aux marchés financiers, plus d’attention à l’économie réelle, aux ménages et aux petites entreprises. Les premières annonces allaient dans ce sens, avec un discours offensif contre la Fed, la haute finance et les grandes banques.

Mais le signal n’a pas tenu longtemps: les marchés ont vite compris que la liquidité publique resterait abondante. Les écarts de patrimoine continuent de se creuser et la dynamique d’une économie à deux vitesses se confirme, avec les détenteurs d’actifs qui progressent plus vite que le reste de la population. La «détox» promise ressemble finalement à un interventionnisme renforcé, qui distribue des rentes et du soutien ciblé sous habillage populiste.

Le problème d’accessibilité des prix reste entier: il dépend à la fois du niveau des prix, des revenus réels et du coût du crédit. L’action publique peut amortir le choc, mais pas régler durablement l’équation à coups d’aides, d’avantages financiers et d’interventions sur les marchés de taux. La solution structurelle est moins visible politiquement: produire plus, fluidifier l’offre et soutenir la progression des revenus réels dans le temps.

La proximité affichée entre pouvoir politique, grands patrimoines et intérêts financiers alimente par ailleurs une défiance croissante, y compris dans une partie de la base électorale républicaine. Les enquêtes d’opinion récentes montrent une érosion du soutien. Mais le test décisif viendra des marchés: ils diront dans les prochains mois s’ils continuent, ou non, à financer sans heurts un Trésor confronté à des besoins de refinancement très élevés.

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