Publications
Kevin Warsh, le réformateur
Une Fed moins bavarde, un bilan allégé, une réglementation assouplie : Kevin Warsh réécrit les règles et change les règles du jeu.
Le poulain de Donald Trump entre en scène. Pour peu qu’on puisse en juger après quelques semaines seulement, il ne sera pas la marionnette du Président. Et c’est tant mieux! Sans grand fracas, avec moultes précautions, il engage pourtant un profond changement de régime.
Bye-bye le Forward guidance
Kevin Warsh démonte, méthodiquement, une partie de l'architecture bâtie par la Fed depuis vingt ans. Cinq task forces ont été mandatées pour revisiter la communication, le bilan, les données, la productivité et l'emploi, et le cadre d'inflation. L'idée est simple: repartir des premiers principes et réécrire le manuel.
Les premiers effets sont déjà perceptibles. Et c'est précisément sur le terrain où les marchés portent naturellement leur regard: la communication. Warsh veut une Fed moins bavarde, plus lisible. Les dots, ces trajectoires individuelles de taux censées éclairer l'avenir, semblent vivre leurs derniers mois. Leur disparition marquerait la fin d'un certain fétichisme des projections publiées et redonnerait tout son poids au jugement collectif du FOMC.
Rappel utile. Le Forward guidance moderne naît en 2003 et devient rapidement l'un des principaux instruments de politique monétaire. Entre 2008 et 2015, il permet d'éviter les taux négatifs, d'ancrer les anticipations des investisseurs et de renforcer l'efficacité de l'action de la Fed. C'est précisément cette béquille que Warsh semble aujourd'hui décidé à retirer. Une Fed plus sobre gagnera en flexibilité. Probablement en crédibilité aussi.
Elle perdra, en revanche, une partie de sa capacité à guider les anticipations... et à tenir le marché obligataire en laisse.
Pour les marchés financiers, le cocktail reste séduisant: des Fed Funds maintenus aussi bas que possible et une déréglementation assumée constituent un soutien évident aux actifs risqués.
L'assouplissement quantitatif
Le nouveau patron de la Fed veut également refermer la parenthèse du Quantitative Easing (QE) et de «l'argent facile». Son objectif est clair. Sortir progressivement du régime des «ample reserves», réduire un bilan qui avoisine encore 6 600 milliards de dollars et revenir à une configuration plus classique, centrée sur les obligations du Trésor américain.
Le calendrier sera prudent. L'essentiel du mouvement devrait se jouer entre 2027 et 2029, au rythme d'un Quantitative Tightening (QT) patient, afin d'éviter de réveiller les souvenirs des précédentes crises de liquidité.
Le paradoxe mérite d'être souligné. Les Fed Funds pourront baisser. Les conditions financières continueront probablement de se durcir sous l'effet du QT et de la remontée du term premium, avec, en toile de fond, des besoins de financement colossaux du Trésor américain. De quoi entretenir durablement une pression sur les taux longs.
Le carcan régulatoire (Dodd-Frank & Co)
Troisième chantier: la réglementation bancaire.
L'objectif est de replacer le secteur privé au cœur de la création de liquidité. Les banques devront financer davantage les émissions du Trésor et distribuer davantage de crédit. La liquidité ne proviendra plus d'un bilan public hypertrophié, mais des bilans bancaires et des marchés de capitaux. Son prix sera fixé par l'intermédiation privée, davantage que par l'ombre portée de la Fed.
Cette évolution s'inscrit dans une stratégie plus large. Depuis plusieurs mois, l'administration Trump prépare le terrain. En 2025, la vague de déréglementation a balayé une partie des standards hérités de l'après-crise, avec plus d'une centaine de règles supprimées pour chaque nouvelle. Au Trésor, Scott Bessent a engagé une révision d'ensemble de la réglementation bancaire, desserrant les contraintes de capital et de levier, tout en recentrant le FSOC sur la croissance davantage que sur la seule prévention des risques systémiques.
À court terme, cette politique devrait soutenir la conjoncture américaine. À moins que le marché obligataire ne décide de rappeler que c'est souvent lui qui fixe les limites.
À moyen et long terme, en revanche, le risque d'une nouvelle crise financière augmente clairement.
Ce qui attend les marchés
À court terme, le contexte macroéconomique américain restera favorable. Le principal risque est celui d'une surchauffe, avec une possible reconstitution des anticipations d'inflation une fois dissipé l'effet temporairement désinflationniste du recul des prix de l'énergie et des matières premières. Une repentification trop rapide de la courbe des taux fragiliserait rapidement le marché immobilier, voire certains segments du high yield.
Pour les marchés financiers, le cocktail reste séduisant: des Fed Funds maintenus aussi bas que possible et une déréglementation assumée constituent un soutien évident aux actifs risqués.
Mais les investisseurs, aujourd'hui hypnotisés par le conflit au Moyen-Orient, ne tarderont pas à changer de sujet. Jackson Hole, fin août, pourrait marquer un tournant. Ils prendraient alors conscience que le fameux Fed Put est peut-être en train de disparaître. Une Fed plus orthodoxe, moins interventionniste et moins soucieuse de contenir la volatilité obligataire modifierait sensiblement les règles du jeu.
Le calendrier ajoute encore à l'incertitude. Les travaux des task forces devraient s'achever au moment même des élections de mi-mandat et des introductions en Bourse de deux géants de l'intelligence artificielle.
Beaucoup de changements. Beaucoup d'incertitudes.
Juillet 02, 2026
Publications
Publications
Outlook H2 2026Pendant plus d’une décennie, les investisseurs ont évolué dans un environnement façonné par les banques centrales : faible inflation, liquidités abondantes et taux d’intérêt en baisse constante.
Juin 23, 2026
Publications
« Le private equity offre une exposition plus équilibrée à l’économie réelle »Dans un contexte de concentration des marchés cotés et de volatilité persistante, le private equity s’impose comme un pilier des allocations de long terme
Mai 19, 2026